Téléphonie mobile : Ce qu’il faut faire pour plus de qualité

Avril 2014. Pour la deuxième fois en 14 mois, l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes, tapait là où ça fait mal. Pour non-respect de leur cahier de charges, Airtel, Onatel et Telecel étaient condamner à payer des amendes d’un montant cumulé de 5 862 189 624 F CFA.

Depuis, rien, ou presque, n’a changé.

La mal est connu : de manière fort assidue, les usagers des services de téléphonie se plaignent de la qualité des prestations qui leur sont fournies. Maintes fois interpellée, aussi bien par les citoyens, que par les organisations de consommateurs, l’ARCEP a décidé d’utiliser un moyen qui est de ses prérogatives : la chicotte. En plus de la sanction pécuniaire qui leur a été infligée, les trois opérateurs de téléphonie disposaient de trois mois « pour apporter les améliorations à la qualité de service ».

A bien des égards, cette mesure prise pour contenter une foule en furie, n’a pas permis de résoudre le problème évoqué et qui a servi de base aux sanctions.

Aujourd’hui, près de 18 mois après le coup de bâton du régulateur, le consommateur continuent de se plaindre.

L’inefficacité de ces sanctions pécuniaires avait été affirmée le 23 janvier 2014 par le ministre du Développement de l’Economie numérique et des Postes d’alors, Jean Kouldiaty. Il a déclaré, au cours d’un point de presse : « il est plus simple pour un opérateur de payer 3 milliards de F CFA, qui ne représente qu’une journée d’appel au Burkina, que de consentir des investissements».

Pour certains spécialistes des télécommunications, l’une des solutions viables au problème récurrent de la qualité des réseaux de téléphonie est la construction du backbone, ce serpent de mer dont parlent les gouvernements successifs depuis plusieurs années.

Tant que cette infrastructure ne sera pas réalisée, faire de la téléphonie de meilleure qualité sera souhaitable, mais pratiquement hors de portée pour les opérateurs présents sur le marché burkinabè.

Loin des explications politiques, c’est cette lacune qui explique, en partie, la difficulté qu’éprouve le Burkina Faso à recruter un 4e opérateur de téléphonie. L’appel d’offres lancé par le gouvernement n’a suscité que peu d’intérêt. Des géants du secteur ont acheté le dossier, mais pas soumissionné. Ils invoquent une faible attractivité du marché burkinabè. En moyenne, chacun des 12 millions d’abonnés dépense 2000 F CFA par mois pour ses communications.

C’est environs 300 milliards de francs CFA pour trois opérateurs, et c’est bien moins que les 738 milliards de chiffres d’affaires réalisé seule par la Sonatel au Sénégal en 2013 avec ses 7,5 millions d’abonnés.

En côte d’Ivoire, avec ses 6,5 millions d’abonnés, MTN a enregistré un chiffre d’affaires de 256 milliards de F CFA en 2012.

20151008 114339Dans une économie libéralisée, on ne saurait, en effet, perdre de vue que les sociétés privées sont d’abord mues par l’intérêt, et accessoirement par le service public. 6 milliards de pénalité infligée aux opérateurs, c’est une décision qui permet de se mettre du côté du faible, mais qui ne lui règle pas son problème. D’une manière ou d’une autre, c’est le même consommateur, qui jubilait hier, qui paie aujourd’hui la note.

Dans cette quête de la qualité, il y a des questions que l’on ne peut que se poser. Comment se fait-il que tous les trois opérateurs soient des médiocres ? Passe encore pour Telecel, l’opérateur « local » et dépourvu de grands moyens. Mais quid de Airtel, classé parmi les cinq leaders mondiaux de la téléphonie ? Et que dire de l’Onatel, aujourd’hui propriété d’Etisalat par l’intermédiaire de Maroc Telecom ? Qu’est-ce qui bloque ?

Les responsabilités sont très partagées et le président de l’ARCEP le reconnait, même s’il verse dans le côté anecdotique des faits. Mathurin Bako évoquait, en 2014 « les coupures intempestives d’électricité, les coupures des câbles à fibre optique par des délinquants, les téléphones inadaptés ou de mauvaise qualité ». Des circonstances atténuantes qui n’ont rien atténué pour les opérateurs de téléphonie burkinabè.

« L’Autorité de régulation est une institution administrative indépendante », dit l’article 170 de la loi n° 061-2008/AN du 27 novembre 2008 portant réglementation générale des réseaux et services de communications électroniques au Burkina Faso. De cette posture, l’ARCEP doit veiller au respect des cahiers de charges par les opérateurs de téléphonie. Elle doit également interpeller l’Etat sur ce qui lui incombe.

Les travaux de construction du fameux backbone n’ont toujours pas commencé. Pourtant, cette infrastructure, dont on parle au Burkina depuis une quinzaine d’années, permettra à tous de disposer d’une communication de meilleure qualité, à des coûts moins prohibitifs.

Ce ne sera pas trop que de demander aussi à l’ARCEP de s’interroger sur ce qu’elle peut faire, en plus d’être gendarme, sur cette question d’amélioration de la qualité du service de téléphonie. « Dotée de l’autonomie de financière » par la loi, elle peut donc prendre l’initiative d’opérer des investissements structurants à cet effet.

En février 2012, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes avait déjà infligé des sanctions pécuniaires d’un montant cumulé de 2 706 295 139 aux opérateurs de téléphonie. Si résultats il y a eu, c’est surtout le bol d’air apporté à la trésorerie publique. Le consommateur, lui, continue à peiner pour bénéficier de service à la hauteur de ses attentes.

Yacouba Ouédraogo