Les familles des martyrs à couteaux tirés avec le gouvernement

“A propos du dédommagement, il faut dire que tout ne se passe pas bien.” Tels ont été les propos, teintés d’amertume, du porte-parole de l’Union des familles des martyrs de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et du coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015. A la tête d’une délégation, il venait d’être reçu le 22 décembre 2015 par le président Michel Kafando.

Depuis, c’est la longue attente qui se poursuit, avec de plus en plus de doutes sur le degré de transparence dont fait preuve le gouvernement. Pour les familles des victimes, la question peut être ainsi résumée : “qu’avez-vous fait de nos sous” ?

C’est le ministère en charge de l’Action sociale qui gère les fonds et autres appuis à destination de ces personnes. “Vous savez tous que beaucoup de personnes physiques ou morales ont remis des dons pour les ayants droits des victimes ; nous, on a l’impression que le Ministère veut bloquer tout ça », relate à Kamanews un proche d’une personne morte lors de l’insurrection.

Un autre de s’interroger : “c’est peut-être pour cela que madame le ministre ne veut pas voir les gens de notre association. Nous lui avons demandé une audience, mais elle a préféré nous faire recevoir par ses collaborateurs”.

En début novembre 2015, le gouvernement avait évaluée à 242 675 000 F CFA le coût global de la prise en charge psychosociale, scolaire, alimentaire, sanitaire, ainsi que le plan de l’appui à des activités génératrices de revenus. Un soutien aux blessés et aux familles des martyrs, mais pas seulement. Parmi les bénéficiaires de cette action gouvernementale figurent des enfants de travailleurs de Tan-Aliz, de Joly Hôtel, et d’Azalaï Hôtel.

Cette façon de mettre “tout le monde dans le même sac” suscite la désapprobation de cet autre parent de martyrs. “Nous voulons que le gouvernement fasse la part des choses. Des donations ont été faites expressément aux familles de martyrs. Non seulement il refuse de nous dire combien il y a exactement en caisse, mais qu’il nous dise également pourquoi, lui, il tient à en faire un fonds commun à distribuer à tout le monde ?”

L’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et le putsch manqué du 16 septembre 2015 ont fait une cinquantaine de morts. Lors de sa prise de fonction, le président burkinabè, Roch Marc Christian Kaboré, a promis de tout mettre en œuvre pour que justice soit rendue à ces personnes considérées aujourd’hui comme des martyrs.