Forte abstention: la demonstration du pragmatisme des Burkinabè

C’est à peine un électeur sur deux qui a estimé utile de se rendre dans son bureau de vote dimanche dernier. Il n’y a pas qu’une seule explication à cette bouderie collective, mais le message, il est précis : les partis politiques se doivent, rapidement, de remettre en cause leurs comportements vis-à-vis du citoyen.

L’opposition politique affirme que le taux de 47,65% “traduit une grande déception de nos compatriotes vis-à-vis du système politique”. Une vérité qu’elle s’empresse cependant de vouloir manipuler, en occultant sa part de responsabilité. Pour les opposants, la forte abstention est la conséquence du pouvoir en place, “manifestement incapable de répondre (aux) aspirations” des Burkinabè.

Certes, la gouvernance nonchalante dont se contente le Premier ministre a de quoi irriter plus d’un électeur, qui, le 22 mai, a préféré rester dans son coin pour s’occuper de ses affaires.

En outre, il est un fait que le MPP ne s’est pas toujours montré à la hauteur de son devoir d’exemplarité que lui impose son statut de parti au pouvoir. Dans un silence complice, voire instigateur des dirigeants du parti, des militants ont exécuté des actes de violence qui ont même rendu impossible la tenue du vote dans certaines localités.

Autant de choses qui n’ont pas conduit à vote-sanction. Bien au contraire, c’est le parti présidentiel qui s’adjuge 58,91% des sièges qui étaient à pouvoir.

Non. Il faut dépasser cette stratégie des camps retranchés pour comprendre que le Burkinabè est désabusé. Sur les questions essentielles de la société, les partis politiques se sont presque toujours efforcé d’avoir des positions ondoyantes, pour se donner la possibilité de se dédire. Un manque de courage que l’on a pu constater avec la question controversée des associations de violence à but lucratif que sont les Koglwéogo.

Pouvoir et opposition doivent se rendre compte que pour beaucoup de Burkinabè,  “les politiciens, ils sont tous pareils”. Au sein des populations qui peinent pour survivre chaque jour, il s’instaure, insidieusement, la conviction qu’il faut se détourner de classe politique, qui passe pour être égoïste. Le peuple est pris pour un moyen, et non pas pour être la finalité de l’action politique.

Mais ce peuple n’a pas dit son dernier mot. Si la classe politique persiste dans son manque de lucidité et d’élévation, elle s’interdira de comprendre ce qui se trame. Et alors, le taux de boycott des élections continuera à être le grand vainqueur des votes démocratiques au Faso.