Burkina : Les surprenantes indignations de Kafando

Monsieur le président le clame. Il a été « indisposé » de constater que « des gens ne parlent que d’élections », alors que des victimes du coup d’état « gisaient à l’hôpital ».

Monsieur le président, doucement. Ces « gens » dont vous parlez, ce sont les partis politiques, les organisations de la société civile, les Etats-Unis, l’Union européenne et une bonne partie de la communauté internationale.

C’est gens ne sont pas moins décents que quiconque. Quand vous étiez privé de votre liberté par la « horde d’insoumis », ce sont elles qui ont œuvré pour que vous soyez cet homme libre, devenu jugeur aujourd’hui.

Vous auriez voulu signifier que c’est à vous de réguler la liberté d’expression, que c’est à vous de décider d’un agenda et des sujets à débattre, que vous ne vous seriez pas pris autrement.

Chacun est dans son rôle, surtout, lorsqu’il faut faire comprendre au gouvernement que le Burkina n’a nullement intérêt à demeurer, plus que de raison, dans une gouvernance intérimaire.

Ces « victimes innocentes » de la barbarie de l’ex RSP qui vous servent de prétexte, l’opinion attend de voir à quel point se situe l’estime de votre gouvernement pour elles. L’autopsie annoncée et promise comme gage pour une administration de la justice a été abandonnée.

En tous les cas, face à la presse le 13 octobre, au sortir de sa concertation avec les signataires, Michel Kafando a voulu marquer une ligne qui le sépare, lui le décent, des autres qui ne sont que des indécents.

Qu’un président du Faso veuille se placer au-dessus de la mêlée, il n’y a rien à redire. C’est même ce qui est attendu de lui. Mais qu’il en arrive à stigmatiser un égoïsme de tous sauf lui, à dire que lui seul réalise et compati à la douleur d’un peuple meurtri, Michel Kafando a certainement fait un écart, un trop grand écart. Et l’on peut, dès lors, s’interroger sur ses arrières pensées, en ces temps de fin de règne intérimaires.

YBO