8-mars dans la colère des tisseuses

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Les tisseuses ne sont pas contentes et leur présidente l’a dit. C’est un sentiment de trahison qui les anime. En effet, la décision du gouvernement de faire du pagne tissé faso danfani le pagne officiel du 8-mars a été applaudie par les femmes tisseuses de pagne et l’ensemble des Burkinabè. Malheureusement, elle n’est pas respectée. L’existence sur le marché de plusieurs modèles de pagnes importés a été une grande surprise pour les tisseuses. Que pensent-elles de cette situation ? Pour répondre à cette question nous avons rencontré madame Justine Kafando, présidente de l’association nationale des tisseuses du Burkina.

Kamanews : Comment se prépare le 8-mars 2017 sur le plan du tissage ?

Justine Kafando, présidente de l’association nationale des tisseuses du Burkina : Cette année nous avons pris de bonnes dispositions bien en avance car depuis le mois d’octobre 2016, nous avons choisi le modèle que nous avons présenté au ministère de la promotion de la femme. Mais bien avant cela, nous avons organisé un concours national à laquelle toutes les tisseuses des 13 régions ont participé. A l’issue de ce concours un modèle a été retenu comme officiel par le ministère de la Femme puisque cette année, on a décidé de faire le même modèle pour tout le Burkina Faso. Côté matières premières aussi, des dispositions ont été prises pour que le fil soit disponible pour toutes les tisseuses ou qu’elles soient. En somme, le travail a commencé avec plein d’enthousiasme vu que l’année dernière, le faso danfani a bien marché même avec quelques dérapages. Il y avait de l’engouement et dès le mois de décembre le pagne était déjà disponible.

Avez-vous beaucoup de commandes d’institutions et de ministères ?

Nous avons reçu des commandes d’institutions mais pas de ministères. Malheureusement il est un peu difficile pour nous d’honorer ces commandes car quand les tisseuses ont vu le pagne imprimé sur le marché, beaucoup ont refusé de prendre des risques pour tisser le faso danfani vu qu’elles ont pris des crédits pour l’achat de la matière première. Néanmoins nous essayons tout pour satisfaire la commande de ces institutions.

Il avait été dit l’an passé qu’il n’y aura pas de pagnes imprimés. Pourquoi il y a plusieurs types de pagnes sur le marché alors ?

images 4Nous étions étonnées comme tout le monde de voir le pagne imprimé sur le marché alors que le gouvernement avait pris la décision de l’interdire. Donc on a cherché à s’approcher de certaines autorités pour comprendre le problème. Et selon les réponses que nous avons eues, il paraît qu’il existe une loi qui fait qu’on ne puisse pas interdire qui que ce soit d’importer des pagnes que mais le faso danfani reste le pagne officiel. Cette réponse est une déception pour nous car nous tisseuses, nous ne sommes pas contre l’importation de pagnes vu que nous les portons tous. Mais au moins qu’on disent à ces personnes qu’il est interdit d’importer des pagnes imprimés pour le 8-mars sur le territoire burkinabè.

A votre avis qui sont ceux qui ont fait entrer ces pagnes ?

Nous ne savons pas qui est à l’origine de ces pagnes imprimés. Mais selon les dires, les commerçantes du grand marché ont sorti un modèle de même que celles du marché du 10 (ndlr : (10 yaar). Le monsieur qui avait le monopole avant la décision aussi et quelques individualités ont sorti les autres modèles. En tout nous avons compté 9 modèles sur le marché.

Comment peut-on faire pour éviter pour qu’il n’y ait plus autre pagne et est-ce que cela est possible ?

Nous pensions que dans un pays indépendant et démocratique, quand on prend une décision gouvernementale, tout enfant de ce pays a le devoir de respecter cette décision. Mais avec ce que nous constatons, nous nous posons la question de savoir si c’est les burkinabè qui sont indisciplinés ou si ce sont les autorités qui sont faibles pour prendre des décisions fortes. Cependant, nous pensons qu’il est possible de résoudre ce problème si le gouvernement le veut, mais avec des décisions fortes.

Qu’est-ce que vous avez fait pour résoudre ce problème ?

Nous avons rencontré la ministre de la Femme, nous avons même eu une audience à la présidence du Faso pour en parler. Ces autorités nous ont promis de voir notre situation. Mais pour nous quelqu’un soit la décision ça sera un peu tard pour nous aujourd’hui.

Si vous devez interpeller une autorité pour votre problème, ce serait laquelle ?

Nous avons déjà interpellé plusieurs autorités dont le ministère de la Femme, le ministère de la Culture et celui du Commerce donc nous attendons leurs réactions.

Propos recueillis par Edith ZIDA